Règle de 72 — Calculateur de Doublement d'un Investissement
La règle de 72 est l'un des raccourcis de calcul mental les plus puissants en finance : divisez 72 par n'importe quel taux de rendement annuel pour trouver en combien d'années un capital double. Elle s'applique aux investissements (à quelle vitesse votre épargne croît-elle ?) et à l'inflation (à quelle vitesse le pouvoir d'achat diminue-t-il ?). Quatre modes : taux vers années, années vers taux, érosion par l'inflation, et tableau de référence complet.
Mode de calcul
Règle de 72 (approx.)
9.00 ans
72 ÷ 8%
Formule exacte (ln 2 / ln(1+r))
9.01 ans
Capitalisation continue : 8.66 ans (règle de 69,3)
Valeur après le premier doublement
20 000 €
en 9.0 ans
Doublements composés de 10 000 €
| Doublement n° | Années (règle de 72) | Années (exact) | Valeur du portefeuille |
|---|---|---|---|
| 1× | An 9.0 | An 9.0 | 20 000 € |
| 2× | An 18.0 | An 18.0 | 40 000 € |
| 3× | An 27.0 | An 27.0 | 80 000 € |
| 4× | An 36.0 | An 36.0 | 160 000 € |
| 5× | An 45.0 | An 45.0 | 320 000 € |
La règle de 72 est une approximation mathématique, pas un conseil en investissement. Les rendements réels varient. Pour des calculs précis à des taux extrêmes, utilisez la formule exacte : années = ln(2) / ln(1+r).
La Mathématique de la Règle de 72
La règle de 72 est une approximation de la formule exacte de doublement. Pour une capitalisation annuelle, le nombre exact d'années nécessaires pour doubler un investissement est : Années = ln(2) ÷ ln(1 + r) où r est le taux de rendement annuel décimal. Comme ln(2) ≈ 0,6931, cela se simplifie en environ 0,693 ÷ r, soit 69,3 ÷ (taux en pourcentage).
Pourquoi utiliser 72 plutôt que 69,3 ? La règle fonctionne avec une capitalisation discrète (annuelle) plutôt que continue. Pour une capitalisation annuelle, le taux effectif est légèrement supérieur au taux continu, ce qui signifie que le temps de doublement réel est légèrement plus court que celui prédit par l'approximation à 69,3. Utiliser 72 compense cet écart, rendant l'approximation plus précise dans la plage de 6 à 10% — exactement là où se situent la plupart des rendements de long terme.
À 8% de capitalisation annuelle, la réponse exacte est 9,006 ans ; la règle de 72 donne 9,0 ans — une précision à 0,07% près. À 6%, la réponse exacte est 11,896 ans ; la règle de 72 donne 12,0 ans — un écart de 0,9%. À 10%, l'exact est de 7,273 ans ; la règle donne 7,2 ans — un écart de 1%. La règle fonctionne parce que la fonction ln(1+r)/r est approximativement égale à 1/72 autour de r = 0,08, faisant de 72 le diviseur optimal pour cette plage.
Le Doublement Composé : la Puissance de la Croissance Exponentielle
Comprendre intuitivement les périodes de doublement composé est l'un des outils cognitifs les plus précieux en finance personnelle. L'intuition clé : chaque doublement est additif dans le temps mais multiplicatif dans la richesse créée. À 8% de rendement annuel, un portefeuille double tous les 9 ans :
| Années à partir d'aujourd'hui | Doublement n° | 10 000 € deviennent | 50 000 € deviennent | 100 000 € deviennent |
|---|---|---|---|---|
| Année 9 | 1er | 20 000 € | 100 000 € | 200 000 € |
| Année 18 | 2e | 40 000 € | 200 000 € | 400 000 € |
| Année 27 | 3e | 80 000 € | 400 000 € | 800 000 € |
| Année 36 | 4e | 160 000 € | 800 000 € | 1 600 000 € |
| Année 45 | 5e | 320 000 € | 1 600 000 € | 3 200 000 € |
L'observation clé de ce tableau : le 5e doublement (année 45) ajoute davantage de richesse absolue que les quatre premiers doublements combinés. 10 000 € qui croissent jusqu'à 320 000 € sur 45 ans : le 5e doublement seul ajoute 160 000 € — plus que la croissance cumulée des quatre premiers doublements. C'est le fondement mathématique de l'insistance du mouvement FIRE (indépendance financière) sur le fait de commencer tôt : les derniers doublements sont les plus précieux, et ils ne profitent qu'à ceux qui composent depuis des décennies.
La Règle de 72 Appliquée aux Taux Courants en France
| Scénario | Taux | Années pour doubler | Contexte |
|---|---|---|---|
| Livret A (taux 2025-2026) | 2,4% | 30 ans | Épargne de précaution, capital garanti |
| LDDS | 2,4% | 30 ans | Même rendement que le Livret A |
| Assurance-vie, fonds en euros (moyenne 2024) | 2,5% | 29 ans | Capital garanti, rendement net de frais |
| Cible d'inflation BCE | 2% | 36 ans | Le pouvoir d'achat est divisé par deux |
| PEA, portefeuille équilibré (60/40) | 5% | 14,4 ans | Diversification actions/obligations |
| PEA, ETF actions monde (rendement réel historique) | 6% | 12 ans | Rendement long terme déflaté de l'inflation |
| PEA, ETF actions monde (rendement nominal historique) | 8% | 9 ans | Rendement long terme avant inflation |
| Carte de crédit renouvelable | 20% | 3,6 ans | La dette compose contre l'emprunteur |
| Capital-investissement / non coté | 15% | 4,8 ans | Risque élevé, rendement potentiel élevé |
Taux indicatifs 2025-2026, sources : Banque de France, France Assureurs. Les rendements passés ne garantissent pas les rendements futurs.
Calculateur d'Intérêts Composés →
Projections complètes de croissance composée avec versements
Calculateur FIRE →
Appliquer la logique du doublement à l'indépendance financière
Calculateur de Fonds d'Urgence →
Combien épargner pour couvrir 3 à 6 mois de dépenses
Investir en ETF →
Comprendre les ETF, le PEA et la fiscalité associée
Commencer Tôt : le Coût du Retard en Termes de Doublement
La règle de 72 quantifie le coût de commencer tard avec une clarté inhabituelle. À 7% de rendement annuel (rendement réel historique d'un portefeuille actions diversifié via PEA), un capital double tous les 10,3 ans. Un investisseur qui commence à 25 ans et prend sa retraite à 65 ans dispose de 40 ans — environ 3,9 périodes de doublement. Un investisseur qui commence à 35 ans dispose de 30 ans — 2,9 périodes de doublement. La différence est d'environ 1 période de doublement, ce qui se traduit par une richesse finale environ deux fois supérieure pour celui qui a commencé tôt, uniquement grâce à la décennie supplémentaire de capitalisation.
Cette quantification explique pourquoi la littérature en planification financière identifie systématiquement le report de l'épargne retraite comme l'erreur financière la plus coûteuse des jeunes adultes. Un placement de 10 000 € à 25 ans, croissant à 7% via un PEA investi en ETF actions, devient environ 138 000 € à 65 ans (3,9 doublements). Le même capital de 10 000 € investi à 35 ans devient environ 76 000 € à 65 ans (2,9 doublements). Le retard de 10 ans coûte environ 62 000 € de richesse finale à partir d'un capital initial de 10 000 € — un coût d'opportunité qui dépasse six fois l'investissement initial.
Appliqué aux cotisations retraite : si une personne de 25 ans verse 3 000 €/an pendant 10 ans (de 25 à 35 ans) puis arrête, le capital accumulé de 30 000 € croissant à 7% pendant 30 années supplémentaires devient environ 228 000 € à 65 ans. Une personne de 35 ans qui verse 3 000 €/an pendant 30 ans (de 35 à 65 ans) accumule environ 283 000 € — davantage, mais uniquement parce qu'elle a versé 3 fois plus au total (90 000 € contre 30 000 €). L'épargnant précoce a versé un tiers de cette somme et termine avec une richesse quasiment équivalente. La règle de 72 rend cette puissance de capitalisation intuitive plutôt que contre-intuitive.
La Règle de 72 à Travers les Classes d'Actifs : Rendements Historiques Réels
La règle de 72 devient particulièrement utile lorsqu'elle est appliquée à des rendements historiques réels par classe d'actifs. D'après les données de long terme de Dimson, Marsh et Staunton (Credit Suisse Global Investment Returns Yearbook), les actions mondiales ont délivré environ 5,2% de rendement réel annuel depuis 1900 — soit un temps de doublement réel du pouvoir d'achat d'environ 72 ÷ 5,2 = 13,8 ans. Les actions américaines ont surperformé à environ 6,5% réel, produisant un temps de doublement de 11,1 ans.
Les obligations d'État ont délivré environ 1,7% réel sur la même période, soit un temps de doublement de 42 ans en termes réels. Les liquidités et instruments à court terme ont rapporté proche de 0% réel, ce qui signifie que leur « temps de doublement » en pouvoir d'achat est pratiquement infini — l'inflation érode les liquidités aussi vite que les intérêts s'accumulent. Cette asymétrie entre les temps de doublement des actions et des obligations constitue le fondement quantitatif de l'argument selon lequel les investisseurs à long horizon doivent détenir des actions : un temps de doublement de 42 ans pour les obligations contre 11 ans pour les actions signifie qu'un investisseur sur 30 ans peut connaître près de 3 doublements complets en actions contre moins d'un en obligations.
Appliqué à des placements concrets : l'indice MSCI World a délivré environ 8% nominal annuel depuis 1970 (rendement annualisé, dividendes réinvestis, en euros). Cela donne un temps de doublement nominal de 9 ans. Ajusté pour une inflation moyenne de 2,5%, le temps de doublement réel est de 72 ÷ 5,5 = 13,1 ans. Un portefeuille de 50 000 € investi dans un ETF actions mondial diversifié via un PEA à 25 ans double environ 4 fois en 36 ans (atteignant 800 000 € en termes nominaux), en l'absence de versements complémentaires et si les rendements historiques moyens se maintiennent.
La Règle de 72 Appliquée à la Dette, à l'Inflation et aux Frais
La règle de 72 s'applique à tout processus exponentiel — croissance ou décroissance. Pour les dettes, elle mesure la vitesse à laquelle un solde impayé s'accumule. Une carte de crédit renouvelable à 20% TAEG double le solde de la dette en 3,6 ans si aucun remboursement n'est effectué. Un crédit consommation à 6% double en 12 ans. Comprendre ce mécanisme est particulièrement important pour les situations d'intérêts différés : un étudiant qui termine ses études avec 20 000 € de prêt étudiant à 4% et reporte le remboursement pendant 4 ans devra environ 23 400 € au moment de l'entrée en remboursement, sans avoir effectué un seul paiement.
Les frais d'investissement suivent la même logique de décroissance exponentielle. Des frais de gestion annuels de 1,5% appliqués à un contrat d'assurance-vie de 100 000 € pendant 30 ans réduisent la valeur finale d'environ 30% par rapport à une structure de frais à 0,3% (ETF logé en assurance-vie ou compte-titres). En appliquant la règle de 72 aux frais : à 1% de ponction annuelle, l'effet des frais double (c'est-à-dire que le coût cumulé des frais équivaut à 100% du capital initial) en environ 72 ans — mais l'interaction composée entre frais et rendement signifie que le véritable transfert de richesse vers le gestionnaire est bien plus important sur la durée. Plusieurs études académiques (dont celles citées par l'Autorité des Marchés Financiers dans ses publications sur les frais) montrent que sur la durée de vie d'un investisseur, des fonds à frais élevés peuvent transférer une part substantielle de la richesse finale de l'épargnant vers le gestionnaire via l'effet composé des frais.
Pour l'inflation à la cible de 2% de la BCE, le temps de doublement des prix est de 36 ans. Au pic post-2021 de 9,2% d'inflation en France (octobre 2022, IPC harmonisé), le pouvoir d'achat était divisé par deux en seulement 7,8 ans. Cela illustre l'importance de la cible de 2% de la BCE : la différence entre 2% et 9% d'inflation n'est pas un simple facteur 4,5 dans l'impact — c'est une accélération par 4,5 de la vitesse à laquelle le pouvoir d'achat est divisé par deux.
Erreurs Courantes et Limites de l'Approximation
La simplicité de la règle de 72 conduit certains épargnants à l'utiliser de façon imprécise. Connaître ses limites est essentiel pour ne pas prendre de décisions erronées. Première erreur courante : utiliser le taux nominal au lieu du taux réel. Le taux nominal inclut l'inflation ; le taux réel l'exclut. Pour savoir en combien d'années le pouvoir d'achat réel double, il faut utiliser le taux réel (rendement nominal moins inflation). Exemple : un ETF actions à 8% nominal avec une inflation à 2,5% donne un taux réel d'environ 5,5% — temps de doublement réel : 72 ÷ 5,5 ≈ 13,1 ans, et non 72 ÷ 8 = 9 ans.
Deuxième erreur : ignorer la fiscalité. En France, les plus-values sur un compte-titres ordinaire sont soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30% (12,8% d'impôt sur le revenu + 17,2% de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème progressif. Le PEA bénéficie d'une exonération d'impôt sur le revenu après 5 ans de détention (seuls les prélèvements sociaux de 17,2% restent dus). Pour les calculs de planification personnelle, utilisez le rendement net d'impôt. Exemple : un rendement brut de 7% sur compte-titres devient environ 5,4% net de PFU si les plus-values sont retirées chaque année — temps de doublement : 72 ÷ 5,4 ≈ 13,3 ans au lieu de 72 ÷ 7 ≈ 10,3 ans.
Troisième erreur : appliquer la règle à des taux très élevés ou très bas. Au-dessus de 20% ou en dessous de 2%, l'erreur de la règle de 72 dépasse 5 à 8%. À 25%, la règle donne 2,88 ans mais la formule exacte donne 3,11 ans — un écart significatif. Pour les taux extrêmes, utilisez la formule exacte : Années = ln(2) / ln(1+r).
Quatrième erreur : confondre le doublement du capital et le doublement du rendement. La règle de 72 calcule le temps nécessaire pour doubler le capital total, pas le rendement annuel. Un ETF qui rapporte 7% par an met 10,3 ans à faire passer 100 000 € à 200 000 €, mais le rendement annuel reste constant à 7%.
Cinquième erreur : ne pas tenir compte des versements périodiques. La règle de 72 ne fonctionne strictement que pour un capital investi en une seule fois (versement unique). Si vous investissez via des versements programmés mensuels (comme c'est courant sur un PEA ou une assurance-vie), la dynamique est très différente et la formule ne s'applique pas directement — utilisez plutôt un calculateur d'intérêts composés avec versements réguliers.
Foire Aux Questions
Quelle est la précision de la règle de 72 ?
La règle de 72 est la plus précise pour des taux d'intérêt entre 6% et 10%. À 6%, elle estime 12 ans alors que le calcul exact donne 11,9 ans — une erreur inférieure à 1%. À 3%, elle estime 24 ans contre 23,4 ans exact. À 20%, elle estime 3,6 ans contre 3,8 ans exact. Pour le calcul mental et l'estimation rapide, ce niveau de précision est largement suffisant. Pour des projections financières formelles, utilisez la formule exacte : n = ln(2) / ln(1 + r).
Pourquoi la règle utilise-t-elle 72 et non 69,3 (la valeur exacte de ln(2) × 100) ?
69,3 est mathématiquement plus précis pour la capitalisation continue, et la 'règle de 69' est utilisée en mathématiques financières spécialisées. Cependant, 72 possède davantage de diviseurs entiers : il est divisible par 1, 2, 3, 4, 6, 8, 9, 12, 18, 24, 36 et 72. Cela facilite le calcul mental avec les taux d'intérêt courants. 72 ÷ 6 = 12, 72 ÷ 8 = 9, 72 ÷ 9 = 8, 72 ÷ 12 = 6. L'imprécision mathématique liée à l'utilisation de 72 plutôt que 69,3 (environ 4%) est acceptable au regard du gain de commodité pour une estimation rapide.
La règle de 72 fonctionne-t-elle pour des rendements négatifs ou des pertes ?
Oui — appliquée en sens inverse pour calculer le temps de division par deux de la richesse. Un portefeuille perdant 10% par an voit sa valeur divisée par deux en 72 ÷ 10 = 7,2 ans. Cela s'applique à l'érosion du pouvoir d'achat par l'inflation, à la dépréciation d'actifs, ou aux portefeuilles en phase de décaissement. Un portefeuille de retraite de 500 000 € avec un taux de retrait de 8% par an (au-dessus du taux de retrait prudent de 4%) approcherait l'épuisement en environ 9 ans en cas de marché plat : 72 ÷ 8 = 9 ans pour la première division par deux, et la seconde l'amène proche de zéro.
Comment la fréquence de capitalisation affecte-t-elle le temps de doublement ?
Une capitalisation plus fréquente réduit le temps de doublement. À un taux annuel de 6% : capitalisation annuelle → 12,0 ans ; trimestrielle → 11,64 ans ; mensuelle → 11,58 ans ; quotidienne → 11,55 ans ; continue → 11,55 ans (ln(2)/0,06). Pour la plupart des usages pratiques, la différence entre capitalisation mensuelle et quotidienne est négligeable — moins de 0,03 an (environ 11 jours sur un horizon de 12 ans). La règle de 72 approxime la capitalisation effective annuelle, donc elle fonctionne bien pour les instruments à capitalisation annuelle comme la plupart des livrets d'épargne et fonds d'investissement.
Comment utiliser la règle de 72 pour la planification de la retraite ?
Comptez les cycles de doublement entre aujourd'hui et votre date de retraite visée. Si vous avez 35 ans et prévoyez de partir à la retraite à 65 ans (30 ans), avec un rendement attendu de 6% via un PER ou un PEA : 72 ÷ 6 = 12 ans par doublement. En 30 ans, vous obtenez 30 ÷ 12 = 2,5 doublements. Un portefeuille de 30 000 € aujourd'hui croîtrait jusqu'à environ 30 000 € × 2^2,5 ≈ 30 000 € × 5,7 ≈ 170 000 € en termes nominaux. Cela donne un test de cohérence rapide pour savoir si l'épargne actuelle est en bonne voie pour les objectifs de retraite, sans nécessiter de tableur.
Quelle différence entre le PEA, l'assurance-vie et le Livret A pour appliquer la règle de 72 ?
Ces trois enveloppes françaises ont des profils rendement/risque très différents, ce qui change radicalement le temps de doublement estimé par la règle de 72. Le Livret A (taux 2,4% en 2025-2026, fixé par la Banque de France) est sans risque et défiscalisé, mais double en environ 30 ans — à peine plus vite que l'inflation cible de la BCE. L'assurance-vie en fonds en euros (rendement net moyen 2,5% en 2024) offre une garantie en capital avec un temps de doublement similaire d'environ 29 ans. Le PEA investi en unités de compte ou ETF actions, sans garantie de capital, a historiquement offert 6 à 8% de rendement annualisé, doublant un capital en 9 à 12 ans — au prix d'une volatilité significative à court terme. Le choix entre ces enveloppes dépend de l'horizon de placement et de la tolérance au risque, pas uniquement de la vitesse de doublement.
La règle de 72 peut-elle servir à comparer un PER et un PEA ?
La règle de 72 mesure uniquement la vitesse de croissance du capital, pas les avantages fiscaux différents du Plan d'Épargne Retraite (PER) et du Plan d'Épargne en Actions (PEA). Le PER offre une déduction fiscale à l'entrée (selon la tranche marginale d'imposition) mais une fiscalité à la sortie ; le PEA n'offre pas de déduction à l'entrée mais une exonération d'impôt sur le revenu après 5 ans de détention. Si les deux enveloppes sont investies dans des supports similaires (ETF actions diversifiés) avec un rendement brut comparable de 6 à 7%, la règle de 72 donnera un temps de doublement similaire d'environ 10 à 12 ans pour le capital brut — mais la valeur nette pour l'épargnant dépendra fortement du traitement fiscal à l'entrée et à la sortie, qui doit être analysé séparément.
Comment la règle de 72 aide-t-elle à évaluer un crédit immobilier ?
Appliquée à l'envers, la règle de 72 montre la vitesse à laquelle le capital restant dû sur un crédit immobilier non remboursé augmenterait s'il n'était pas amorti. Un crédit immobilier à 3,5% TAEG verrait, en théorie, son capital doublé en 72 ÷ 3,5 ≈ 20,6 ans en l'absence de tout remboursement — un scénario qui ne se produit jamais en pratique puisque les mensualités amortissent le capital dès le premier paiement. La règle de 72 est plus utile ici pour comparer le coût d'opportunité : un taux de crédit immobilier à 3,5% signifie qu'un placement devant surperformer le remboursement anticipé du crédit doit produire un rendement net supérieur à 3,5%, ce qui correspond à peu près au rendement attendu d'un portefeuille obligataire prudent plutôt qu'à un Livret A.
Glossaire : Règle de 72 et Croissance Composée
Règle de 72
Raccourci mental : divisez 72 par le taux de rendement annuel pour estimer le nombre d'années nécessaires pour doubler un investissement. La plus précise pour des taux entre 6% et 10%. Dérivée de la formule exacte ln(2)/r ≈ 0,693/r.
Formule exacte de doublement
n = ln(2) / ln(1 + r). Précise pour tout taux de capitalisation. Pour une capitalisation continue : n = ln(2) / r ≈ 0,693 / r. La règle de 72 approxime cela avec 72/r pour le calcul mental.
Règle de 69,3
Version plus précise pour la capitalisation continue : 69,3 / r. ln(2) = 0,6931. Utilisée en mathématiques financières avancées lorsque l'intérêt capitalise à fréquence infinie.
TRI / CAGR
Taux de Rendement Interne / Compound Annual Growth Rate. Le taux annuel constant qui ferait croître un investissement de sa valeur initiale à sa valeur finale sur toute la période. CAGR = (VF/VI)^(1/n) − 1.
Rendement nominal
Rendement d'un investissement avant ajustement de l'inflation. Un rendement nominal de 8% à 2,5% d'inflation équivaut à environ 5,4% de rendement réel (exact : 1,08/1,025 − 1 = 5,4%).
Rendement réel
Rendement d'un investissement après déduction du taux d'inflation. Représente l'augmentation réelle du pouvoir d'achat. Équation de Fisher : (1 + nominal) / (1 + inflation) − 1.
Capitalisation
Fréquence à laquelle les intérêts sont calculés et ajoutés au capital : annuelle, trimestrielle, mensuelle, quotidienne ou continue. Une capitalisation plus fréquente entraîne un rendement effectif légèrement plus élevé pour un même taux nominal.
Valeur temps de l'argent
Le principe selon lequel un euro aujourd'hui vaut plus qu'un euro demain en raison de son potentiel de rendement. Fondement de l'analyse des flux de trésorerie actualisés, de la valorisation obligataire et de tous les calculs d'intérêts composés.
Cycles de doublement
Le nombre de fois qu'un investissement double sur une période donnée. À 6% de rendement sur 30 ans : 30 ÷ 12 = 2,5 cycles de doublement. Chaque cycle multiplie le capital par 2, produisant une croissance exponentielle.
Temps de division par deux
Le temps nécessaire pour qu'une valeur chute à la moitié de son niveau actuel à cause d'une érosion (inflation, frais ou dette). Calcul identique au temps de doublement mais appliqué à une croissance négative : 72 ÷ taux d'inflation ou taux de frais.
PEA (Plan d'Épargne en Actions)
Enveloppe fiscale française pour investir en actions européennes et ETF, offrant une exonération d'impôt sur le revenu sur les plus-values après 5 ans de détention (seuls les prélèvements sociaux de 17,2% restent dus).
Livret A
Livret d'épargne réglementé français, capital garanti par l'État, intérêts exonérés d'impôt et de prélèvements sociaux. Taux fixé deux fois par an par la Banque de France selon une formule liée à l'inflation et aux taux interbancaires.
La Règle de 72 dans la Planification de la Retraite et de l'Indépendance Financière
La règle de 72 s'intègre naturellement dans la planification FIRE (indépendance financière, retraite anticipée). Le mouvement FIRE utilise généralement un taux de retrait prudent de 3,5 à 4% par an — dérivé d'études actuarielles sur la pérennité des portefeuilles — ce qui implique un capital cible d'environ 25 à 28 fois les dépenses annuelles. La règle de 72 aide à quantifier le temps nécessaire pour que l'épargne double vers cet objectif. À un rendement réel de 6%, chaque doublement prend environ 12 ans. Un épargnant démarrant avec 30 000 € et visant 480 000 € a besoin d'un peu plus de 4 doublements (2⁴ = 16 × 30 000 € = 480 000 €). À 6% de rendement, 4 doublements prennent environ 48 ans sans versements complémentaires — les versements réguliers compriment considérablement ce délai.
La règle de 72 clarifie également le coût de l'inflation sur l'épargne retraite. La Banque Centrale Européenne cible 2% d'inflation — un temps de division par deux du pouvoir d'achat de 36 ans. Un retraité à 64 ans qui dépend de retraits nominaux (non indexés sur l'inflation) verra son pouvoir d'achat réel divisé par deux vers 100 ans à 2% d'inflation. À 3,5% d'inflation (temps de division par deux : environ 21 ans), le même retraité fait face à une division par deux du pouvoir d'achat réel dès 85 ans — bien dans l'espérance de vie d'un retraité français en bonne santé. Cela souligne pourquoi les stratégies de retrait indexées sur l'inflation (via des fonds obligataires indexés ou des rentes viagères avec clause de revalorisation) comptent pour des horizons de retraite de 25 ans et plus.
Pour la phase de décaissement, la règle de 72 s'applique en sens inverse : un retraité retirant 8% par an d'un portefeuille stable voit son solde divisé par deux en 72 ÷ 8 = 9 ans. Le taux de retrait de 4%, en comparaison, implique un épuisement du portefeuille sur 72 ÷ 4 = 18 ans en cas de rendement plat — mais avec des rendements réels positifs, le portefeuille peut soutenir les retraits indéfiniment. Plusieurs études actuarielles internationales confirment qu'un taux de retrait de 3,5 à 4% depuis un portefeuille équilibré 60/40 réussit dans la grande majorité des scénarios historiques sur 30 ans, ce qui en fait une référence largement citée pour la planification de retraits de retraite durables.