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Gestion du risque de change : les seuils écrits, et la distribution qui les rencontre

La gestion du risque de change se raconte d’ordinaire avec des recommandations. Elle s’écrit beaucoup mieux avec deux objets : les seuils que les textes fixent, et la distribution des mouvements réellement observés. Les premiers tiennent en deux pourcentages et une division. La seconde se calcule sur 7 068 variation quotidienne par paire et 6 814 fenêtre de douze mois, sur la totalité d’une série publiée depuis 1999. Mises côte à côte, ces deux choses donnent une image que ni les brochures ni les avertissements ne donnent : à quelle fréquence le seuil qui ferme une position a été atteint, et ce qu’une devise fait quand on n’en ferme aucune.

Où cela s’applique, jusqu’à quand, et ce que cette page n’est pas

Où. Les seuils cités viennent d’une décision de l’Autorité européenne des marchés financiers, applicable à partir du 1er août 2018 et temporaire par son propre article 4 ; la question de savoir qui les applique aujourd’hui est traitée dans la page consacrée au levier. Ils concernent des contrats à effet de levier vendus à des clients de détail, et non la détention d’un dépôt en devises, d’un actif étranger ou d’un billet de banque. Les calculs statistiques, eux, n’ont aucune juridiction.

Jusqu’à quand. Le texte européen a été ouvert le 13 août 2026 dans sa version française publiée au Journal officiel de l’Union européenne du 1er juin 2018. La série de change a été téléchargée le 13 août 2026 et sa dernière observation est datée du 12 août 2026. Une observation de 1999 ne changera jamais ; chaque jour ouvré en ajoute une, et tous les effectifs cités augmentent d’une unité.

Ce que cette page n’est pas. Aucune règle de dimensionnement de position, aucun conseil, aucune prévision, aucun coût, aucun intermédiaire nommé. Vextor Capital ne vend aucun instrument financier, n’est pas intermédiaire, n’est ni conseiller financier ni conseiller fiscal, ne détient aucune position de change et n’est autorisée par aucune autorité de supervision.

Avertissement : Ce contenu est fourni à titre informatif et éducatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir comporte des risques, y compris la perte possible du capital investi. Consultez un conseiller financier qualifié avant toute décision d'investissement. Avertissement sur les risques.

Le seul calcul qui compte, et il tient en une ligne

L’annexe I, point a), de la décision (UE) 2018/796 fixe la marge initiale à 3,33 % de la valeur notionnelle du contrat lorsque la paire sous-jacente est composée de deux devises parmi le dollar des États-Unis, l’euro, le yen japonais, la livre sterling, le dollar canadien et le franc suisse. L’article 1er, point e), définit la clôture des positions ouvertes comme intervenant lorsque la somme des fonds du compte et des gains nets latents « représente moins de la moitié de la protection relative aux marges initiales totale ».

Le calcul est alors immédiat. La marge vaut 3,33 % de l’exposition ; les fonds disponibles diminuent euro pour euro avec la perte ; le seuil est la moitié de 3,33 %, soit 1,665 %. La position est donc fermée quand la perte atteint 3,33 % − 1,665 % = 1,665 % de l’exposition.

Sur une exposition de 100 000 euros : 3 330 euros déposés, clôture à 1 665 euros de perte, atteinte lorsque le cours bouge de 1,665 % contre la position. À ce moment précis, la moitié de la somme déposée a disparu, avant tout frais. La phrase à retenir tient en une ligne : le pourcentage de marge n’est pas la distance que le marché peut parcourir contre vous ; c’est le double de cette distance.

Le même calcul appliqué aux autres tranches de l’annexe I donne 2,5 % pour une marge de 5 %, 5 % pour une marge de 10 %, 10 % pour une marge de 20 % et 25 % pour une marge de 50 %. Et le ratio que le langage commercial met en avant n’est que l’inverse du pourcentage : 1 ÷ 0,0333 = 30,03, pas 30.

À quelle fréquence ce seuil a-t-il été atteint ?

Un seuil ne veut rien dire sans la distribution qui le rencontre. La Banque centrale européenne publie un taux de change de référence de l’euro contre le dollar, le yen, la livre sterling et le franc suisse chaque jour ouvré depuis le 4 janvier 1999. Cela fait 7 069 observations et donc 7 068 variations quotidiennes par paire jusqu’au 12 août 2026. Le tableau ci-dessous les a toutes comptées, sans échantillonnage.

Paire, euro en baseÉcart-type d’une journéeJournées au-delà de 1,665 %Part des 7 068Au-delà de 2,5 %Au-delà de 5 %
Euro contre dollar0,5819 %1021,44 %140
Euro contre yen0,7054 %2173,07 %533
Euro contre livre sterling0,4794 %540,76 %121
Euro contre franc suisse0,3923 %230,33 %82

Lisez d’abord les deux colonnes du milieu. Sur l’euro contre le yen, une seule journée aurait suffi à fermer une position fraîchement ouverte à 3,33 % de marge 217 fois en vingt-sept ans, soit environ huit fois par an. Sur l’euro contre le franc suisse, cela s’est produit 23 fois, soit environ une fois par an. Même règle, même tranche de marge, un ordre de grandeur d’écart dans la fréquence de rencontre.

La colonne des écart-type est là pour être mise en doute. Exprimer 1,665 % en multiples de l’écart-type donne 2,86 pour le dollar, 2,36 pour le yen, 3,47 pour la livre et 4,24 pour le franc suisse. Un lecteur habitué à la loi normale traduirait ces valeurs en probabilités d’environ une sur cent à une sur plusieurs dizaines de milliers. Le comptage réel dit autre chose : l’euro contre le franc suisse a franchi 1,665 % dans 0,33 % des journées, soit environ une journée sur trois cents, et non une sur cinquante mille.

Le jour où le seuil a été sauté

Le 15 janvier 2015, le taux de référence de l’euro contre le franc suisse est passé de 1,2010 à 1,0280 entre deux publications successives. La variation vaut −14,4047 % et c’est la plus forte des 28 272 variations quotidiennes calculées sur les quatre paires. La deuxième plus forte est une hausse de 8,3251 % sur la même paire, le 6 septembre 2011.

L’euro et le franc suisse figurent tous deux dans la liste des six devises de l’annexe I, point a) : cette paire relève donc de la tranche la moins exigeante de tout le tableau, 3,33 %. Divisez : 14,4047 ÷ 3,33 = 4,33. Le mouvement d’une seule journée a valu plus de quatre fois la marge initiale entière, et 14,4047 ÷ 1,665 = 8,65 fois le seuil de clôture.

C’est exactement là que la troisième protection intervient. L’article 1er, point f), définit la protection contre les soldes négatifs comme « la limitation de l’exposition totale d’un client de détail pour tous les CFD liés à un compte de négociation de CFD auprès d’un fournisseur de CFD aux fonds sur ce compte de négociation de CFD ». Elle ne réduit aucune perte : elle décide qui supporte la fraction de perte qui dépasse le compte.

Les dates comptent et sont énoncées plutôt que gommées. La décision européenne s’est appliquée à partir du 1er août 2018 ; le 15 janvier 2015, elle n’existait pas. Cette page n’affirme donc rien sur ce qui serait arrivé à un compte ce jour-là. Ce que l’observation établit est indépendant du droit : c’est l’amplitude qu’une paire de la tranche à 3,33 % a produite en un seul pas.

Le risque de change sans effet de levier

Tout ce qui précède concerne un contrat à effet de levier. Le risque de change existe pourtant sans aucun contrat : il suffit de détenir un avoir libellé dans une autre monnaie. La bonne unité de mesure n’est plus alors la journée mais l’année, et la série permet de calculer 6 814 fenêtres de douze mois par paire, chaque jour de cotation étant apparié à la première observation disponible un an plus tard.

PaireMeilleure fenêtrePériodePire fenêtrePériodeFenêtres au-delà de 10 %
Euro contre dollar+29,50 %27 mai 2002 → 27 mai 2003−24,17 %13 mars 2014 → 13 mars 201530,8 %
Euro contre yen+40,12 %24 juillet 2012 → 24 juillet 2013−29,64 %26 octobre 2007 → 27 octobre 200837,6 %
Euro contre livre sterling+34,26 %27 décembre 2007 → 29 décembre 2008−15,60 %11 mars 2014 → 11 mars 201514,7 %
Euro contre franc suisse+14,91 %10 août 2011 → 10 août 2012−24,79 %10 août 2010 → 10 août 20118,1 %

Un exemple travaillé rend ces pourcentages concrets. Un avoir de 100 000 euros converti en yens le 24 juillet 2012 et reconverti le 24 juillet 2013 aurait vu, sur le seul effet de change, la valeur en euros de cet avoir diminuer dans la proportion inverse du mouvement de la paire, qui vaut +40,12 % pour l’euro contre le yen sur cette fenêtre : 100 000 ÷ 1,4012 = 71 367 euros, soit une perte de change de 28 633 euros, l’avoir en yens étant resté strictement identique. Symétriquement, la fenêtre du 26 octobre 2007 au 27 octobre 2008, qui donne −29,64 %, aurait transformé ces 100 000 euros en 100 000 ÷ 0,7036 = 142 126 euros. Deux fenêtres, un actif inchangé, un écart de 70 759 euros.

La dernière colonne du tableau interdit de traiter ces cas comme des curiosités. Un mouvement supérieur à 10 % sur douze mois concerne 30,8 % des fenêtres pour le dollar et 37,6 % pour le yen. Pour deux des quatre paires, plus d’une fenêtre annuelle sur trois dépasse 10 %.

Un dernier point s’impose, et il empêche d’en tirer une règle générale. Les quatre paires ne donnent pas la même réponse : 37,6 % pour le yen contre 8,1 % pour le franc suisse, dans la même série et sur la même période. Toute phrase du type « le risque de change finit par s’annuler » est contredite par une des paires du même tableau, quelle que soit celle qu’on choisit pour l’appuyer.

Ce que le régulateur a mesuré, lui

La décision (UE) 2018/796 explique d’où viennent ses propres pourcentages, ce qui est rare et utile. Le considérant 102 indique que la marge « a été établie selon la volatilité du sous-jacent en utilisant un modèle de simulation visant à évaluer la probabilité qu’un client perde 50 % de son investissement initial sur une période de détention appropriée », à partir d’« environ 10 années de données quotidiennes sur les prix du marché ». L’ESMA a ensuite simulé « quel effet de levier entraînerait une clôture des positions ouvertes avec une probabilité de 5 % », en supposant une détention d’au moins un jour, et les limites ont été fixées « avec prudence vers l’extrémité inférieure de la gamme ».

Le considérant 97 apporte la seule mesure d’efficacité citée dans le texte. Une étude de Rawley Z. Heimer et Alp Simsek, comparant les résultats de clients avant et après l’instauration de limites au levier sur le marché américain, conclut que ces limites « ont amélioré les résultats des clients pour lesquels l’effet de levier est le plus important de 18 points de pourcentage par mois et atténué leurs pertes de 40 % ». Le considérant 96 ajoute qu’un levier plus faible est associé à de moindres volumes de transaction, donc à un montant total de frais inférieur.

Enfin, le considérant 35 rapporte une mesure de l’autorité norvégienne qui relie directement les coûts à la gestion du risque : sur un échantillon dont la durée moyenne de négociation est d’un an et demi, 82 % des clients ont perdu de l’argent, la perte moyenne s’élevait à 29 000 euros, et « les frais de transaction moyens appliqués aux avoirs d’un client s’élevaient à 37 % », en raison du fort effet de levier et de la fréquence des transactions.

Ce que ces sources ne disent pas

Comment vérifier vous-même

  1. Ouvrez l’annexe I, point a), de la décision (UE) 2018/796, puis l’article 1er, point e). Prenez la moitié du premier pourcentage à l’aide du second : vous obtenez 1,665 %.
  2. Téléchargez l’historique complet des taux de change de référence et comptez les lignes : 7 069 jusqu’au 12 août 2026, donc 7 068 variations par paire.
  3. Comptez, paire par paire, les variations dont la valeur absolue dépasse 1,665 %. Vous devez retrouver 102, 217, 54 et 23.
  4. Cherchez les valeurs des 14 et 15 janvier 2015 pour le franc suisse : 1,2010 et 1,0280. La variation vaut −14,4047 %. Divisez par 3,33 puis par 1,665.
  5. Construisez les fenêtres de douze mois en appariant chaque date à la première observation disponible un an plus tard. Vous devez en obtenir 6 814 par paire.
  6. Lisez le considérant 102 de la décision : il donne la méthode de calibrage, la probabilité de 5 % visée et l’hypothèse de durée de détention.

Questions fréquentes

Quel est le seuil réel auquel une position est fermée ?

La moitié de la marge initiale. L’article 1er, point e), de la décision (UE) 2018/796 définit la protection relative à la clôture des positions ouvertes comme intervenant lorsque la somme des fonds du compte et des gains nets latents « représente moins de la moitié de la protection relative aux marges initiales totale ». Sur une paire composée de deux des six devises nommées à l’annexe I, point a), la marge est de 3,33 % de la valeur notionnelle ; la moitié vaut 1,665 %. La position est donc close après un mouvement défavorable de 1,665 % de l’exposition, la moitié de la somme déposée ayant alors disparu.

Combien de journées ont franchi ce seuil depuis 1999 ?

Sur les 7 068 variations quotidiennes de chaque paire de la série des taux de change de référence de la Banque centrale européenne, du 4 janvier 1999 au 12 août 2026 : 102 journées pour l’euro contre le dollar, 217 contre le yen, 54 contre la livre sterling et 23 contre le franc suisse. En proportion, 1,44 %, 3,07 %, 0,76 % et 0,33 % des journées. Pour la paire euro-yen, cela représente environ huit journées par an, soit une toutes les six semaines et demie.

Peut-on perdre plus que ce que l’on a déposé ?

Pas lorsque la protection contre les soldes négatifs s’applique. L’article 1er, point f), de la même décision la définit comme « la limitation de l’exposition totale d’un client de détail pour tous les CFD liés à un compte de négociation de CFD auprès d’un fournisseur de CFD aux fonds sur ce compte de négociation de CFD ». Cette protection ne réduit aucune perte : elle décide qui supporte la fraction de perte qui dépasse le compte.

Le seuil de clôture peut-il être sauté ?

Oui, et la série en contient l’exemple. Le 15 janvier 2015, le taux de référence de l’euro contre le franc suisse est passé de 1,2010 à 1,0280 entre deux publications successives, soit une baisse de 14,4047 %. C’est la plus forte des 28 272 variations quotidiennes calculées sur les quatre paires. Rapportée aux 3,33 % de marge, elle vaut 4,33 fois la marge entière ; rapportée au seuil de 1,665 %, 8,65 fois. Une règle qui ferme une position à 1,665 % ne peut pas la fermer à 1,665 % si le prix ne passe pas par 1,665 %.

Sur un an, de combien une devise peut-elle bouger ?

Sur 6 814 fenêtres de douze mois calculées sur toute la série, la meilleure et la pire de chaque paire sont : pour le dollar, +29,50 % du 27 mai 2002 au 27 mai 2003 et −24,17 % du 13 mars 2014 au 13 mars 2015 ; pour le yen, +40,12 % du 24 juillet 2012 au 24 juillet 2013 et −29,64 % du 26 octobre 2007 au 27 octobre 2008 ; pour la livre sterling, +34,26 % du 27 décembre 2007 au 29 décembre 2008 et −15,60 % du 11 mars 2014 au 11 mars 2015 ; pour le franc suisse, +14,91 % du 10 août 2011 au 10 août 2012 et −24,79 % du 10 août 2010 au 10 août 2011.

Ces mouvements annuels sont-ils rares ?

Un mouvement supérieur à 10 % en valeur absolue sur douze mois concerne 30,8 % des fenêtres pour le dollar, 37,6 % pour le yen, 14,7 % pour la livre sterling et 8,1 % pour le franc suisse. Autrement dit, pour deux des quatre paires, plus d’une fenêtre annuelle sur trois dépasse 10 %. Ce chiffre concerne une exposition sans effet de levier : il décrit ce qu’un avoir libellé en devise a fait, pas ce qu’un contrat en aurait fait.

D’où viennent les pourcentages de marge eux-mêmes ?

D’une simulation, décrite au considérant 102 de la décision. La marge « a été établie selon la volatilité du sous-jacent en utilisant un modèle de simulation visant à évaluer la probabilité qu’un client perde 50 % de son investissement initial sur une période de détention appropriée », à partir d’« environ 10 années de données quotidiennes sur les prix du marché ». L’ESMA a ensuite simulé quel effet de levier entraînerait une clôture avec une probabilité de 5 %, en supposant une détention d’au moins un jour, et a retenu des limites « avec prudence vers l’extrémité inférieure de la gamme ».

Cette page donne-t-elle une règle de dimensionnement de position ?

Aucune. Une règle de type « ne risquer qu’un certain pourcentage par opération » n’apparaît dans aucune des sources ouvertes ici, et une règle sans source n’est qu’une habitude de secteur. Ce que cette page fournit est l’arithmétique exacte des seuils réglementaires et la distribution complète des mouvements observés, à partir desquelles chacun peut faire ses propres calculs. Vextor Capital ne vend aucun instrument financier, n’est pas intermédiaire et n’est autorisée par aucune autorité de supervision.

Où aller ensuite

Sources ouvertes pour cette page

Toutes les sources ci-dessous ont été ouvertes et lues le 13 août 2026, et tous les calculs ont été refaits le même jour sur la totalité de la série.

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