Ce que la macroéconomie peut dire d’un patrimoine, et l’endroit exact où elle s’arrête
Une page sur l’allocation d’actifs promet d’ordinaire une répartition : tant d’actions, tant d’obligations, ajustées selon le cycle. Celle-ci n’en contient aucune, parce que les données qui la justifieraient n’ont pas été ouvertes à leur source. Ce qu’elle contient à la place est un calcul entièrement vérifiable sur des séries publiques, qui répond à la seule question que la macroéconomie sait vraiment trancher : combien de temps le rendement de l’argent sans risque est-il resté sous la hausse des prix, et ce que cela fait au bout de vingt-sept ans.
Où cela s’applique, jusqu’à quand, et ce que cette page n’est pas
Où. La zone euro pour le taux, la France pour l’inflation. Le taux employé est celui de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne : il concerne les banques, jamais un particulier.
Jusqu’à quand. Séries téléchargées le 13 août 2026. Période commune : janvier 1999 à juin 2026, soit 330 mois. Le mois de juillet 2026 est exclu faute de taux d’inflation harmonisé publié.
Ce que cette page n’est pas. Aucune répartition recommandée, aucune performance de classe d’actifs, aucune prévision, aucun conseil. Vextor Capital ne vend aucun instrument financier, n’est pas intermédiaire, n’est ni conseiller financier ni conseiller fiscal, ne détient aucune position et n’est autorisée par aucune autorité de supervision.
Deux cent vingt-quatre mois sur trois cent trente
Le calcul est une soustraction, répétée mois après mois : la moyenne mensuelle du taux de dépôt de la Banque centrale européenne moins le glissement annuel de l’indice harmonisé des prix français. La période commune aux deux séries couvre 330 mois, de janvier 1999 à juin 2026.
- 224 mois négatifs sur 330, soit 67,9 %. Plus de deux mois sur trois.
- Différence moyenne : −0,742 point de pourcentage. Le taux sans risque de la zone euro a donc été, en moyenne sur vingt-sept ans, trois quarts de point sous l’inflation française.
- Minimum : −7,219 points en juillet 2022. Maximum : +2,45 points en janvier 2001.
- Dernière observation, juin 2026 : +0,117 point. Le signe est donc positif, de justesse.
Le taux réel négatif n’est pas, dans cette série, un accident de quelques mois : c’est le régime dominant. Et il se présente en blocs, pas en épisodes isolés.
| Du | Au | Mois consécutifs | Remarque |
|---|---|---|---|
| mars 2015 | octobre 2023 | 104 | Plus long bloc de la série |
| novembre 2009 | décembre 2014 | 62 | |
| décembre 2002 | août 2006 | 45 |
Cent quatre mois d’affilée, de mars 2015 à octobre 2023 : huit ans et sept mois pendant lesquels le taux sans risque de la zone euro n’a jamais dépassé l’inflation française. Les trois blocs réunis totalisent 211 mois, soit 94 % des 224 mois négatifs. Ce n’est pas un phénomène dispersé, c’est un état durable qui revient.
Le calcul cumulé, posé en quatre lignes
Une différence mensuelle moyenne de trois quarts de point paraît anodine. Les intérêts composés transforment cette impression. En capitalisant chaque mois la moyenne mensuelle du taux de dépôt, on obtient un facteur nominal ; en comparant les valeurs de l’indice harmonisé français au premier et au dernier mois, on obtient un facteur de prix. Le rapport des deux donne le pouvoir d’achat résiduel.
| Étape du calcul | Valeur | Champ |
|---|---|---|
| Facteur nominal capitalisé au taux de dépôt | 1,3438 | 330 mois, janvier 1999 → juin 2026 |
| Facteur de hausse des prix, indice harmonisé français | 1,6723 | Même période |
| Rapport des deux | 0,8036 | Pouvoir d’achat résiduel de 80,4 % |
| Perte de pouvoir d’achat | 19,6 % | Sur vingt-sept ans et demi |
Le résultat : 80,4 % du pouvoir d’achat de départ, soit une perte de 19,6 % en vingt-sept ans et demi. Un cinquième, effacé par une différence moyenne de trois quarts de point par an. C’est la démonstration la plus concrète, sur données publiques françaises, de ce que fait un écart persistant entre un taux et l’inflation.
Et voici immédiatement ce que ce chiffre n’est pas, parce qu’il serait très facile d’en abuser. Ce n’est pas le rendement d’un placement. Le taux de la facilité de dépôt est le prix d’une opération entre la Banque centrale européenne et les banques de la zone euro ; aucun particulier n’y accède, aucun contrat de détail ne le sert. Le calcul ci-dessus ne comporte ni frais, ni fiscalité, ni produit correspondant. Il donne un ordre de grandeur de ce que fait l’écart entre un taux et des prix, et rien de plus.
Les limites des données, écrites au lieu d’être contournées
Une page d’allocation d’actifs sérieuse devrait comparer plusieurs classes d’actifs sur la même période, avec la même méthode. Voici pourquoi celle-ci ne le fait pas, source par source.
- Actions. Les indices boursiers sont produits par des fournisseurs privés qui en restreignent la reproduction. Aucune série n’a été ouverte à sa source pour cette page, et aucune performance d’actions n’y figure.
- Obligations d’entreprise. La série d’écart à haut rendement diffusée par la Réserve fédérale de Saint-Louis ne contient plus, au 13 août 2026, que 786 observations à partir du 14 août 2023 : trois ans, insuffisants pour toute statistique de long terme.
- Immobilier. Aucune série de prix immobiliers n’a été ouverte pour cette page.
- Or et matières premières. Aucune série n’a été ouverte non plus.
Le résultat est une page volontairement incomplète sur son sujet nominal, et complète sur ce qu’elle peut établir. C’est un arbitrage assumé : une comparaison de classes d’actifs construite sur des chiffres repris d’un intermédiaire vaudrait moins que l’absence de comparaison, parce qu’elle aurait l’apparence d’une preuve sans en avoir la substance.
Ce que la macroéconomie apporte réellement à quelqu’un qui gère son épargne tient donc en une liste de faits datés plutôt qu’en une consigne : l’inflation française a dépassé 2 % dans 106 mois sur 355 depuis 1997 ; le taux sans risque de la zone euro a été sous l’inflation dans 224 mois sur 330 ; le PIB français a reculé quatre années sur soixante-dix-sept. Ces trois phrases sont vérifiables, elles décrivent le terrain, et aucune ne dit quoi faire.
Trois décennies, trois régimes opposés
La moyenne de −0,742 point sur 330 mois cache trois régimes qu’il faut séparer, parce qu’ils inversent la conclusion. Sur les douze mois disponibles de 1999, la différence moyenne vaut +1,184 pointet aucun mois n’est négatif. Sur les 120 mois des années 2000, elle vaut +0,119 point et 57 mois sont négatifs, soit un sur deux. Sur les 120 mois des années 2010, elle vaut −1,381 point et 118 mois sur 120 sont négatifs. Sur les 78 mois écoulés depuis 2020, elle vaut −1,378 point avec 49 mois négatifs.
La décennie 2010 est donc le cas extrême : deux mois seulement, sur dix ans, où le taux sans risque de la zone euro a dépassé l’inflation française. Une personne qui a commencé à épargner en 2010 et arrêté en 2019 n’a pratiquement jamais connu autre chose. Une personne qui aurait fait la même chose en 1999 aurait connu l’inverse.
C’est la raison pour laquelle cette page publie quatre moyennes plutôt qu’une. Une moyenne calculée sur vingt-sept ans décrit un régime moyen qui n’a existé dans aucune décennie : ni le +1,184 de 1999, ni le −1,381 des années 2010 ne ressemblent au −0,742 de l’ensemble. L’expérience d’un épargnant dépend de la décennie où il a épargné, pas de la moyenne de la série.
Les trois faits que ce dossier permet d’emporter
Une page qui refuse de recommander doit au moins fournir de quoi décider ailleurs. Voici les trois affirmations, toutes vérifiables sur les séries citées, qui décrivent le terrain sur lequel une épargne française a évolué depuis la création de l’euro.
- Le rendement de l’argent sans risque a été inférieur à la hausse des prix deux mois sur trois. 224 mois sur 330, dont un bloc de 104 mois consécutifs. La décennie 2010 compte 118 mois négatifs sur 120.
- La hausse des prix n’a pas été régulière. Le glissement annuel français a dépassé ou atteint 2 % dans 106 mois sur 355 depuis 1997, soit moins d’un tiers du temps, et il a été négatif douze fois.
- La croissance a été presque toujours positive. Le PIB français en volume n’a reculé que quatre années sur soixante-dix-sept depuis 1949 : 1975, 1993, 2009 et 2020.
Ces trois phrases décrivent un contexte, et un contexte n’est pas une consigne. Ce qu’elles permettent, c’est d’écarter certaines phrases fausses — « l’épargne sans risque protège du renchérissement », « l’inflation est normalement à 2 % », « l’économie recule souvent » — sans en proposer d’autres à leur place. C’est le maximum que des séries statistiques puissent offrir, et c’est déjà beaucoup plus qu’une répartition recommandée sans mesure.
Ce que ces sources ne disent pas
- Elles ne comparent aucune classe d’actifs. Aucune performance d’actions, d’obligations, d’immobilier ou de matières premières ne figure ici.
- Le taux employé n’est accessible à personne. C’est un taux de banque centrale, pas un taux d’épargne.
- Le calcul cumulé ignore frais et fiscalité. Un placement réel en supporte, et le résultat en serait diminué d’autant.
- Elles ne disent rien du risque. Aucune mesure de volatilité, de perte maximale ou de corrélation entre classes d’actifs n’a été calculée.
- Elles ne disent rien de la fiscalité française de l’épargne. Aucun texte fiscal n’a été lu pour cette page.
- Le mois de juillet 2026 manque, faute de taux d’inflation harmonisé publié dans la série employée ; la période s’arrête donc en juin 2026.
Comment refaire ce calcul vous-même
- Téléchargez la série quotidienne du taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne et calculez sa moyenne par mois calendaire.
- Téléchargez la série 011812232 de l’Insee, le glissement annuel de l’indice harmonisé français. Les deux se recoupent sur 330 mois à partir de janvier 1999.
- Soustrayez la seconde de la première et comptez les résultats négatifs : 224, soit 67,9 %.
- Cherchez le plus long bloc consécutif : 104 mois, de mars 2015 à octobre 2023.
- Capitalisez chaque mois au douzième de la moyenne mensuelle du taux : vous obtenez un facteur de 1,3438.
- Divisez par le rapport des indices harmonisés de juin 2026 et janvier 1999, soit 1,6723. Le résultat, 0,8036, est le pouvoir d’achat résiduel.
Questions fréquentes
Combien de mois le taux de la BCE a-t-il été inférieur à l’inflation française ?▼
Deux cent vingt-quatre mois sur 330, soit 67,9 %, entre janvier 1999 et juin 2026. La différence moyenne est de −0,742 point de pourcentage. Son minimum est −7,219 points en juillet 2022 et son maximum +2,45 points en janvier 2001. En juin 2026, dernier mois disponible, elle vaut +0,117 point.
Y a-t-il eu de longues périodes ininterrompues ?▼
Oui, et la plus longue dure 104 mois consécutifs, de mars 2015 à octobre 2023 : plus de huit ans et demi sans un seul mois où le taux de dépôt de la BCE dépasse l’inflation française. Les deux blocs suivants durent 62 mois, de novembre 2009 à décembre 2014, et 45 mois, de décembre 2002 à août 2006.
Que donnerait un euro placé au taux de dépôt depuis 1999 ?▼
En capitalisant mois après mois la moyenne mensuelle du taux de dépôt de la BCE de janvier 1999 à juin 2026, on obtient un facteur nominal de 1,3438. Sur la même période, l’indice harmonisé des prix français est passé d’un facteur 1 à 1,6723. Le rapport donne 0,8036 : en pouvoir d’achat, il resterait 80,4 % du montant de départ, soit une perte de 19,6 %.
Ce calcul décrit-il un placement réel ?▼
Non, et c’est essentiel. Le taux de la facilité de dépôt est le prix d’une opération entre la banque centrale et les banques ; aucun particulier n’y a accès. Le calcul ci-dessus est une arithmétique sur une série de taux, sans frais, sans fiscalité et sans produit correspondant. Il illustre un ordre de grandeur, il ne décrit aucun placement.
Cette page dit-elle comment répartir un portefeuille ?▼
Non. Elle ne contient aucune répartition recommandée, aucun pourcentage par classe d’actifs et aucune performance. Les données qui permettraient de comparer les classes d’actifs — indices d’actions, indices obligataires, prix immobiliers — n’ont pas été ouvertes à leur source, et rien n’est donc affirmé à leur sujet.
Que peut alors apporter la macroéconomie à une allocation ?▼
Des faits sur le contexte, pas des consignes. Les séries lues sur ce site permettent d’établir des choses vérifiables : combien de temps un taux est resté sous l’inflation, combien de mois l’inflation a dépassé 2 %, combien de trimestres l’économie a reculé. Aucune d’elles ne dit ce qu’il faut acheter, et cette page ne franchit pas ce pas.
Ces chiffres sont-ils une prévision ?▼
Non. Ils décrivent une période achevée et s’arrêtent à la dernière observation publiée. Vextor Capital ne vend aucun instrument financier, n’est pas intermédiaire, n’est ni conseiller financier ni conseiller fiscal, ne détient aucune position et n’est autorisée par aucune autorité de supervision.
Où aller ensuite
- Toutes les guides de macroéconomie — la page d’ensemble de la matière, à un clic d’ici.
- Taux directeurs et actifs — le taux long français confronté au taux directeur sur 331 mois.
- Inflation et déflation — la hausse cumulée des prix français depuis 1996.
- Spreads de crédit — le prix du risque, mesuré sur 10 151 journées.
Sources ouvertes pour cette page
Séries téléchargées le 13 août 2026, calculs refaits le même jour sur la totalité des mois communs.
- Banque centrale européenne — taux de la facilité de dépôt, série quotidienneUtilisée pour : la moyenne mensuelle servant à la soustraction et à la capitalisation, et le facteur nominal de 1,3438. Lue le 13 août 2026.
- Insee — indice des prix à la consommation harmonisé, glissement annuel (011812232) et indice (011812231), base 2025Utilisées pour : les 330 mois communs, les 224 mois négatifs, la moyenne de −0,742 point, le minimum de −7,219 en juillet 2022, le maximum de +2,45 en janvier 2001, les trois blocs consécutifs, et le facteur de prix de 1,6723. Lues le 13 août 2026.
- Indices d’actions, prix immobiliers, or et matières premièresNon employés : aucune de ces séries n’a été ouverte à sa source pour cette page, et aucune performance de ces classes d’actifs n’y figure. Constat du 13 août 2026.
Registre des modifications
- 13 août 2026 — page réécrite intégralement contre les séries de la Banque centrale européenne et de l’Insee ouvertes ce jour-là. Ont été retirés et non réécrits : une répartition recommandée par phase de cycle, sans aucune mesure ; des performances de classes d’actifs citées sans source ; l’affirmation que telle classe protège de l’inflation ; et des mots-clés recopiés de l’adresse de la page. À leur place : les 224 mois où le taux sans risque est resté sous l’inflation, les trois blocs consécutifs dont un de 104 mois, le calcul cumulé posé en quatre lignes avec son avertissement, et la liste écrite des données qui n’ont pas pu être ouvertes.
- 1er juin 2026 — première publication de la page.
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