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Un mot sans définition, et trois séries qui permettent quand même de compter

La stagflation est un des rares mots de la macroéconomie dont aucune source statistique ne donne la définition. Ni seuil d’inflation, ni seuil de chômage, ni durée : rien, dans les fichiers publiés par l’Insee, ne dit quand le mot s’applique. Cette page prend le problème autrement. Elle énonce des conditions explicites, chiffrées et vérifiables — chômage et inflation qui montent ensemble, puis croissance négative en plus — et les compte sur toute la période où les trois séries existent simultanément. Le résultat tient en deux nombres : seize, puis trois.

Où cela s’applique, jusqu’à quand, et ce que cette page n’est pas

Où. La France, à travers trois séries de l’Insee : le taux de chômage au sens du Bureau international du travail pour la France hors Mayotte, le glissement annuel de l’indice des prix à la consommation, et l’évolution trimestrielle du produit intérieur brut en volume. Aucun autre pays n’est décrit.

Jusqu’à quand. Séries téléchargées le 13 août 2026. La période commune aux trois court du premier trimestre 1997 au deuxième trimestre 2026, soit 118 trimestres et 117 comparaisons d’un trimestre au précédent.

Ce que cette page n’est pas. Aucune prévision, aucune cause attribuée, aucun conseil, aucun jugement sur l’emploi du mot. Vextor Capital ne vend aucun instrument financier, n’est pas intermédiaire, n’est ni conseiller financier ni conseiller fiscal et n’est autorisée par aucune autorité de supervision.

Avertissement : Ce contenu est fourni à titre informatif et éducatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir comporte des risques, y compris la perte possible du capital investi. Consultez un conseiller financier qualifié avant toute décision d'investissement. Avertissement sur les risques.

La définition absente, et ce qu’on fait à la place

Commençons par le problème. Pour affirmer « la France est en stagflation », il faudrait un critère. Or les producteurs de données ne le fournissent pas : l’Insee publie trois séries et aucune note qui les combine ; la Banque centrale européenne publie des taux et des indices sans employer le terme dans les fichiers lus ici. Le mot circule sans référent chiffré, et c’est précisément ce qui le rend commode.

La solution retenue sur cette page n’est pas d’inventer une définition, mais d’énoncer des conditions, de les appliquer à toute la population disponible et de publier le compte. Chacun peut alors juger si le mot mérite d’être employé. Deux conditions successives, de la plus faible à la plus forte :

Sur les 117 comparaisons possibles, la condition A est remplie 16 fois, soit 13,7 % des trimestres. La condition B est remplie 3 fois. Voilà l’ensemble du résultat, et il ne demande aucune interprétation pour être vrai.

Les trois trimestres qui remplissent tout

TrimestreChômageInflationCroissance du PIB
2008-T2haussehausse−0,8 %
2018-T1haussehausse−0,1 %
2026-T1haussehausse−0,1 %

Trois trimestres en vingt-neuf ans et demi. Et deux d’entre eux, le premier trimestre 2018 et le premier trimestre 2026, affichent une baisse du produit intérieur brut de un dixième de point — c’est-à-dire l’ampleur la plus faible que la série puisse porter sans être nulle. Il serait excessif de construire un récit sur une variation de cette taille, et cette page se contente de la citer.

Une remarque de robustesse s’impose : ce comptage dépend d’une convention. Le glissement annuel trimestriel employé ici est la moyenne arithmétique des trois mois du trimestre, choix déclaré et reproductible ; une autre convention — dernier mois du trimestre, ou variation d’indice trimestre contre trimestre — donnerait un compte différent. C’est le même problème que celui des règles de fusion sur les inversions de courbe : le nombre publié appartient autant à la règle qu’aux données, et il faut donc imprimer la règle.

L’indice de misère, et son minimum trompeur

La somme du taux de chômage et du taux d’inflation est une construction ancienne, souvent citée et rarement calculée sur toute une série. Elle l’est ici, sur les 118 trimestres communs.

TrimestreChômage + inflationRemarque
2022-T413,23Maximum de la série
2023-T113,10
2022-T313,03
2025-T18,47
2025-T28,33
2020-T48,20
2020-T27,40Minimum, et artefact de définition
2026-T210,43Dernière observation ; moyenne de la série : 10,41

Le maximum, 13,23 au quatrième trimestre 2022, se comprend sans commentaire : c’est le trimestre où l’inflation française approchait de son sommet. Le minimum, en revanche, est un piège, et il est signalé ici plutôt que retiré du calcul.

Le 7,40 du deuxième trimestre 2020 est le plus bas de la série. Il ne décrit pas une période favorable : il vient de ce que le taux de chômage a baissé, à 7,1 %, pendant le confinement, parce que la définition du Bureau international du travail exige une recherche active d’emploi et que cette condition ne pouvait plus être remplie. Un indicateur composite hérite de toutes les faiblesses de définition de ses composants, et celui-ci en fournit la démonstration la plus nette.

Une dernière lecture, la plus utile peut-être : la moyenne des 118 trimestres vaut 10,41 et la dernière observation, au deuxième trimestre 2026, vaut 10,43. À deux centièmes près, la France est exactement à sa moyenne de long terme sur cet indicateur. C’est un fait arithmétique, et non un jugement : la moyenne d’une somme de deux séries n’a aucune valeur normative, et le fait d’être « à la moyenne » ne dit rien de bon ni de mauvais.

Quatre décennies presque identiques

La somme du chômage et de l’inflation est remarquablement stable d’une décennie à l’autre, ce qui est en soi un résultat. Les douze trimestres disponibles de la fin des années 1990 donnent une moyenne de 11,06 ; les quarante trimestres des années 2000, 10,13 ; les quarante des années 2010, 10,72 ; et les vingt-six écoulés depuis 2020, 10,09.

Moins d’un point d’amplitude entre la décennie la plus haute et la plus basse, alors que les composantes, elles, ont beaucoup bougé : les années 2010 combinent un chômage élevé et une inflation très faible, les années 2020 l’inverse sur plusieurs trimestres. La somme masque cette substitution. C’est la faiblesse principale de tout indicateur composite, et elle mérite d’être écrite à côté du chiffre plutôt qu’après : deux situations économiques opposées peuvent produire le même total.

Ce constat a une conséquence directe sur l’usage du mot qui donne son titre à cette page. Si la somme ne distingue pas une décennie de chômage sans inflation d’une décennie d’inflation sans chômage, alors elle ne peut pas servir à détecter la combinaison des deux. Seules des conditions énoncées séparément, comme les conditions A et B plus haut, le peuvent — et leur résultat, seize et trois sur 117, est beaucoup plus sobre que ce que le mot laisse entendre.

Au-dessus ou en dessous de la moyenne : le partage

Puisque l’indice de misère vaut 10,41 en moyenne sur 118 trimestres, une question simple se pose : combien de trimestres sont au-dessus ? La réponse est 65 sur 118, soit 55,1 %. Le partage n’est donc pas symétrique, ce qui indique une distribution légèrement tirée vers le bas par quelques trimestres très faibles — au premier rang desquels le 7,40 de 2020.

Cette asymétrie a une conséquence pratique. Comparer un trimestre à la moyenne de la série revient, dans un cas sur deux environ, à le comparer à une valeur que la série atteint rarement telle quelle. Il vaut mieux situer un trimestre par son rang : le 10,43 du deuxième trimestre 2026 se place au-dessus de la moyenne, à la cinquante-troisième place en partant du haut, et non dans une zone extrême.

Une dernière précaution sur ce dernier trimestre. Sa valeur, 10,43, est en hausse de 1,36 point par rapport au trimestre précédent, ce qui est un mouvement rapide à l’échelle de cette série. Il provient pour 0,2 point du chômage et pour le reste de l’inflation trimestrielle moyenne, passée de 0,97 % à 2,13 %. Rien dans ces chiffres ne dit ce que fera le trimestre suivant, et cette page ne l’avance pas.

Ce que ces sources ne disent pas

Comment refaire ce comptage vous-même

  1. Téléchargez les séries 001688527 (chômage), 011814632 (inflation) et 011794844 (croissance du PIB) auprès de l’Insee.
  2. Ramenez l’inflation mensuelle au trimestre en prenant la moyenne arithmétique de ses trois mois. Vous obtiendrez 118 trimestres communs aux trois séries, de 1997-T1 à 2026-T2.
  3. Comptez les trimestres où chômage et inflation augmentent tous deux par rapport au trimestre précédent : seize.
  4. Ajoutez la condition d’une croissance du PIB strictement négative : il n’en reste que trois, en 2008-T2, 2018-T1 et 2026-T1.
  5. Additionnez chômage et inflation trimestre par trimestre. Le maximum doit valoir 13,23 en 2022-T4 et le minimum 7,40 en 2020-T2.
  6. Vérifiez ce minimum en regardant le taux de chômage seul de ce trimestre : 7,1 %, en baisse. C’est la définition qui bouge, pas le marché du travail.

Questions fréquentes

Existe-t-il une définition officielle de la stagflation ?

Aucune des sources ouvertes pour cette page n’en propose une. Ni l’Insee ni la Banque centrale européenne ne définissent le mot dans les fichiers de données lus ici : ils publient des taux de chômage, des indices de prix et des comptes trimestriels, sans seuil ni critère qui déclencherait l’emploi du terme. Cette page mesure donc des conditions explicitement énoncées, et laisse le mot de côté.

Combien de trimestres français réunissent chômage et inflation en hausse ?

Seize sur 117 comparaisons possibles, soit 13,7 %, entre le premier trimestre 1997 et le deuxième trimestre 2026. Les plus récents sont le troisième trimestre 2025, le premier et le deuxième trimestre 2026. Une hausse simultanée des deux n’est donc ni rare ni fréquente : environ un trimestre sur sept.

Et si l’on ajoute la condition d’une croissance négative ?

Le compte tombe à trois trimestres sur 117 : le deuxième trimestre 2008, le premier trimestre 2018 et le premier trimestre 2026. Ce sont les seuls où le chômage monte, l’inflation monte et le produit intérieur brut recule par rapport au trimestre précédent. Trois trimestres sur près de trente ans.

Qu’est-ce que l’indice de misère et que vaut-il aujourd’hui ?

C’est la somme du taux de chômage et du taux d’inflation, calculée ici trimestre par trimestre à partir de deux séries de l’Insee. Sur 118 trimestres il vaut en moyenne 10,41. Son maximum est 13,23 au quatrième trimestre 2022 et son minimum 7,40 au deuxième trimestre 2020. Au deuxième trimestre 2026 il vaut 10,43, soit deux centièmes au-dessus de sa moyenne de long terme.

Pourquoi le minimum tombe-t-il au deuxième trimestre 2020 ?

Parce que le taux de chômage y a baissé, à 7,1 %, alors que le marché du travail était à l’arrêt : la définition du Bureau international du travail exige une recherche active d’emploi, condition que le confinement rendait impossible. Le minimum de l’indice de misère est donc un artefact de définition, pas une période favorable, et il est signalé comme tel plutôt que retiré.

Peut-on comparer avec les années 1970 ?

Pas avec les séries lues ici. Le taux de chômage remonte à 1975, mais l’indice des prix en base 2025 ne commence qu’en janvier 1996, ce qui limite le calcul du glissement annuel à partir de janvier 1997. Toute comparaison avec les années 1970 exigerait de raccorder plusieurs bases d’indice, ce qui n’a pas été fait, et aucune valeur antérieure à 1997 n’est donc publiée.

Cette page dit-elle si la France entre en stagflation ?

Non. Elle publie des conditions comptables et leurs comptages, sur des trimestres achevés. Aucune source ouverte ici ne contient de projection. Vextor Capital ne vend aucun instrument financier, n’est pas intermédiaire, n’est ni conseiller financier ni conseiller fiscal et n’est autorisée par aucune autorité de supervision.

Où aller ensuite

Sources ouvertes pour cette page

Séries téléchargées le 13 août 2026, comptages refaits le même jour sur la totalité des trimestres communs.

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